dimanche 28 février 2021

Le mausolée d'Auguste rénové est ouvert aux visites depuis le 1er février 2021.

C'est en 28 AC qu'Auguste, alors appelé Imperator Caesar Divi Filius Octavianus, a débuté les travaux du  mausolée de la famille impériale, au nord du Champ de Mars, à proximité du Tibre et non loin du Musée de l'ARA PACIS AUGUSTAE, autel initialement situé également sur le Champ de Mars.

                                                   Vue du mausolée, maquette de Paul Bigot

 

 STRABON, géographe et historien grec né à Amasée dans le Pont autour de 60 av. J.-C. et mort autour de 20 ap. J.-C, décrit ainsi le monument: 

« Les anciens Romains, à vrai dire, occupés comme ils étaient d'objets plus grands, plus importants, avaient complètement négligé l'embellissement de leur ville. Sans se montrer plus indifférents qu'eux aux grandes choses, les modernes, surtout ceux d'à-présent, se sont plu à l'enrichir d'une foule de monuments magnifiques : Pompée, le divin César, Auguste, ses enfants, ses amis, sa femme, sa sœur, tous à l'envi, avec une ardeur extrême et une munificence sans bornes, se sont occupés de la décoration monumentale de Rome. C'est dans le Champ de Mars que la plupart de ces monuments ont été érigés, de sorte que ce lieu, qui devait déjà tant à la nature, se trouve avoir reçu en outre tous les embellissements de l'art. Aujourd'hui, avec son étendue prodigieuse, qui, en même temps qu'elle laisse une ample et libre carrière aux courses de chars et à toutes les évolutions équestres, permet encore à une jeunesse innombrable de s'exercer à la paume, au disque, à la palestre ; avec tous les beaux ouvrages qui l'entourent, les gazons si verts qui toute l'année y recouvrent le sol, les collines enfin d'au delà du Tibre, qui s'avancent en demi-cercle jusqu'au bord du fleuve, comme pour encadrer toute la scène, cette plaine du champ de Mars offre un tableau dont l'œil a peine à se détacher. Ajoutons que tout à côté, et indépendamment d'une autre grande plaine bordée ou entourée de portiques, il existe plusieurs bois sacrés, trois théâtres, un amphithéâtre et différents temples tous contigus les uns aux autres, et que, comparé à ce quartier, le reste de la ville ne paraît plus à proprement parler qu'un accessoire.

Pour cette raison, et parce que ce quartier avait pris à leurs yeux un caractère plus religieux, plus auguste que les autres, les Romains y ont placé les tombeaux de leurs morts les plus illustres, hommes ou femmes. Le plus considérable de ces tombeaux est le Mausolée [d'Auguste], énorme tumulus, qui s'élève à peu de distance du fleuve, au-dessus d'un soubassement en marbre blanc déjà très haut par lui-même. Ce tumulus, ombragé d'arbres verts jusqu'à son sommet, est surmonté d'une statue d'airain représentant César-Auguste et recouvre, avec les restes de ce prince, les cendres de ses parents et de ses amis ou familiers. Il se trouve qui plus est adossé à un grand bois, dont les allées offrent de magnifiques promenades. Enfin le centre de la plaine est occupé par l'enceinte du bûcher d'Auguste : bâtie également en marbre blanc, cette enceinte est protégée par une balustrade en fer qui règne tout autour. L'intérieur en est planté de peupliers. »

                                                                                                              Géographie, livre V, chap. 3, 7-8

L'édifice fait 87 mètres de diamètre, 12 mètres de haut; il est le plus grand édifice funéraire connu. La chambre mortuaire de l'empereur était entourée de quatre murs concentriques. Certains archéologues et historiens considèrent que ce bâtiment prenait comme modèle architectural le mausolée d'Alexandre le Grand ou du moins les mausolées circulaires hellénistiques. On peut aussi considérer que les monuments circulaires étrusques (à Cerveteri par exemple) ont pu servir de modèle. Les piliers de chaque côté de la porte d’entrée étaient munis des tables en bronze sur lesquelles était gravé le texte des Res Gestae Divi Augusti, faits et gestes d'Auguste, forme de testament moral et politique de l'œuvre du souverain écrit de sa main à la veille de sa mort et dont une copie a été retrouvée sur le mur du temple d’Auguste et Rome d'Ankara.


Plan du Mausolée par Le Piranèse

                                                        Le mausolée avant sa restauration.

Le monument conserva une fonction funéraire et fut le principal mausolée impérial jusqu'à la fin du Ier siècle de notre ère. Par la suite, le mausolée d'Hadrien (actuel Château Saint-Ange) prit le relais de cette fonction (on avait déposé, à sa demande, les cendres de l'empereur Trajan sous la Colonne Trajane.). 

 

                                                                            Le monument restauré: on y a replanté les cyprès comme à l'origine. il était alors entouré d’un jardin avec des statues et au sommet, on avait placé une statue d’Auguste. De plus deux obélisques encadraient l'entrée (un se trouve au Quirinal et l'autre devant la Basilique Santa Maria Maggiore désormais).


Le monument a été pillé, dévasté lors du siège de Rome qui a vu la chute de l'Empire romain.

Le site a ensuite été abandonné, il a servi de carrière et ses décors architecturaux ont été réutilisés. La famille Soderini en avait fait un jardin italien, il a servi d'amphithéâtre lors de feux d'artifice et de lieu de spectacles au XVIIIe s. ... 


                                                                            Aquarelle de JC Golvin
 

Pour une visite virtuelle du monument antique

 

En 1937-38, Mussolini fait fouiller le site (on doit à cette même volonté de récupération idéologique du pouvoir impérial romain, la redécouverte et la conservation de l'Ara Pacis Augustae). Le "Duce" fait aménager la Piazza Augusto Imperatore, et pour cela il fait détruire tous les immeubles (120, dont l'hôpital San Rocco) qui bordaient le monument, dégageant ainsi 28000m2 (souvenez-vous aussi que pour percer une avenue qui mène de la Piazza Venezia au Colisée,pour les défilés fascistes, il a dévasté les Forums impériaux: la Via dei Fori Imperiali, inaugurée en 1932).  

L'entrée fut à l'occasion restaurée d'« une façon trop moderne » selon certains archéologues, du fait des libertés prises avec les restitutions effectuées, comme pour la fenêtre voûtée au-dessus de l'entrée qui ne correspondrait pas aux critères architecturaux du Ier siècle. Le gouvernement fasciste n'ajouta pas, cependant, des portes en bronze, trop coûteuses.

Trois grands palais ont été construits en 1938 sur son pourtour, dans le style rationaliste typique du régime fasciste.

dimanche 31 janvier 2021

Chantons les déclinaisons!

 Les 5èmes ont découvert récemment ce classique de la chanson francophone: ROSA Brel



" C'est le plus vieux tango du monde

Celui que les têtes blondes

Ânonnent comme une ronde

En apprenant leur latin

C'est le tango du collège

Qui prend les rêves au piège

Et dont il est sacrilège

De ne pas sortir malin

C'est le tango des bons pères

Qui surveillent l'oeil sévère

Les Jules et les Prosper

Qui seront la France de demain

Rosa rosa rosam            Rosae rosae rosa

Rosae rosae rosas          Rosarum rosis rosis

(...)

C'est le tango des promenades

Deux par seul sous les arcades

Cernés de corbeaux et d'alcades

Qui nous protégeaient des pourquoi

C'est le tango de la pluie sur la cour

Le miroir d'une flaque sans amour

Qui m'a fait comprendre un beau jour

Que je ne serais pas Vasco de Gama

Mais c'est le tango du temps béni

Où pour un baiser trop petit

Dans la clairière d'un jeudi

A rosi cousine Rosa

Rosa rosa rosam            Rosae rosae rosa

Rosae rosae rosas        Rosarum rosis rosis

C'est le tango du temps des zéros

J'en avais tant des minces des gros

Que j'en faisais des tunnels pour Charlot

Des auréoles pour saint François

C'est le tango des récompenses

Qui vont à ceux qui ont la chance

D'apprendre dès leur enfance

Tout ce qui ne leur servira pas

Mais c'est le tango que l'on regrette

Une fois que le temps s'achète

Et que l'on s'aperçoit tout bête

Qu'il y a des épines aux Rosa

Rosa rosa rosam            Rosae rosae rosa

Rosae rosae rosas        Rosarum rosis rosis

 

Mais d'autres mises en musique, plus récentes, permettent de revoir ses déclinaisons en chantant:

les 5 pour les plus aguerris: 1st-5th declension

Des collégiens chantent les 1ère et 2ème déclinaisons: 1ère et 2ème déclinaisons

 


Et une synthèse rythmée (en anglais!) we will rock you 

mercredi 6 janvier 2021

Les latinistes de 5ème sur les traces de Lucius... L'âne d'or

 Les latinistes de cinquième vont participer à la lecture publique des Métamorphoses d'Apulée le 26 mars 2021 !

 


 

Le contexte actuel nous contraignant à organiser un Festival exclusivement virtuel,
nous vous donnons rendez-vous sur la page Facebook du Festival les 25, 26 et 27 mars prochains !

                    

 

Jeudi 25 mars
Diffusion de vidéo-événements

Conférence : Amour et Psyché dans la publicité
par Robert Delord, enseignant et vice-président de l’association Arrête Ton Char

Conférence :  Psyché et Cupidon dans les arts plastiques 
par Didier Perceveaux, professeur  à l’Université Catholique de Lyon

Evocation virtuelle de Madaure (Afrique romaine), ville natale d’Apulée
par le Centre Interdisciplinaire de l’Université de Caen Normandie

Prix Littérature Jeunesse Antiquité : interviews et portraits d’auteurs
en partenariat avec l’association Arrête Ton Char

Fashion-show virtuel : rhabillons Psyché et Cupidon !
(Spécial programmation scolaire)

Jeu-concours : Super-Quizz interclasses Métamorphoses d’Apulée
(Spécial programmation scolaire)

Concours créatif Magic Cubes : présentation des créations
(Spécial programmation scolaire)

(Programmation en cours)

 

Vendredi 26 mars
Lecture publique internationale des Métamorphoses d’Apulée
 :

 

Samedi 27 mars
Lecture publique internationale des Métamorphoses d’Apulée :


lundi 4 janvier 2021

"Succensa sacris crepitet bene laurea flammis, omine quo felix et sacer annus erit."*

 

 Anno MMXXI

 

 L'année consulaire romaine s'achevait par les fêtes des Saturnales (17 au 24 décembre) et commençait en janvier (Januarius, mois de Janus) depuis 153 AC.

 


 

  Ainsi, le premier janvier de l’an 601  du calendrier romain (en réalité le 27 janvier de notre calendrier…), Tiberius Annius Luscus et Quintilius Fulvius Nobilior débutent leur consulat. Jusque là, c’était Martius (mois de Mars) qui était considéré comme le début de l’année. 

Les raisons de ce changement ne sont pas vraiment connues, mais la symbolique de Janus a certainement été décisive : il est le dieu des commencements et des fins, des choix, du passage et des portes et symbolise parfaitement le changement d’année !

Reprenons ces voeux fomulés par le grammairien Fronton à l'adresse de l'empereur Marc-Aurèle:

Annum novum faustum tibi et ad omnia, quae recte cupis, prosperum cum tibi tum domino nostro patri tuo et matri et uxori et filiae ceterisque omnibus, quos merito diligis, precor.

traduction d’Armand Cassan, 1830 : ” Bonne année, accomplissement de tout ce que tu peux légitimement désirer, voilà ce que je te souhaite à toi, à notre seigneur ton père, à ta mère, à ton épouse, à ta fille, et à tous ceux qui méritent que tu les aimes. ”

 

* Que le pétillement favorable du laurier dans la flamme sacrée nous annonce une année heureuse et protégée des dieux! TIBULLE Elégies, V

jeudi 29 octobre 2020

Vocabulaire!

 Pour ne pas confondre dominus et dux, c'est très simple:



dimanche 4 octobre 2020

MVNDVS PATET

 ANTE DIEM TERTIUM NONAS OCTOBRES

 

Trois journées particulières étaient marquées des lettres MP dans le calendrier romain. MP pour Mundus Patet : le monde (des morts) est ouvert. 

Le 5 octobre (comme le 24 août et le 8 novembre), le monde s'ouvre, "Terre bée" comme l'a écrit Michel Serres dans Biogée (2010)*, et les esprits des morts viennent vagabonder parmi les vivants. Pendant ces trois journées, toute activité officielle était interdite. 

" (...) l’historien grec Plutarque rapporte, dans sa biographie de Romulus (11,2), la fondation « dans la zone du Comitium actuel », d’un monument qui porte le nom de mundus : il s’agirait d’une « fosse circulaire » ( βό θρος κυκλοτερή ς ) dans laquelle chaque compagnon de Romulus, après y avoir déposé les prémices des récoltes, aurait jeté « une poignée de terre apportée du pays d’où il était venu », (...)

 Il faut donc, comme le fait F. Coarelli, restituer toute sa valeur au témoignage de Plutarque, qui situe le mundus « dans la zone du Comitium actuel » ( περὶ τὸ νῦν Κομίτιον ). Comme le Comitium, en tant que monument, n’existait plus à l’époque de Plutarque (depuis le remaniement de la zone par les grands travaux césariens et augustéens), cette expression doit elle aussi provenir directement de Varron, dont le témoignage peut ainsi difficilement être remis en cause. En s’appuyant sur un passage de Macrobe, F. Coarelli situe très précisément le mundus dont parle Plutarque entre l’autel de Saturne et le Comitium (Saturnales, I, 11, 48 : et in sacellum Ditis arae Saturni cohaerens), à l’emplacement d’une curieuse construction conique en brique qui s’élève derrière les Rostres impériaux, à côté de l’arc de Septime Sévère, et qu’il identifie avec l’umbilicus Urbis, le « nombril de la Ville », ce qui en ferait à la fois le centre symbolique de la cité et un centre cosmique . Il admet que ce mundus a pu être à la fois la « fosse circulaire » dont la partie souterraine était vouée aux divinités infernales et était ouverte trois fois par an, lorsque « mundus patet », et une fosse de fondation, c’est-à-dire un monument qui commémorait la fondation de la cité.

Les descriptions du mundus laissées par les sources antiques sont en effet ambiguës : d’une part, il s’agirait d’une fosse de fondation dans laquelle les compagnons de Romulus auraient jeté des « prémices » ainsi qu’une motte de terre de leur pays d’origine; d’autre part, il s’agirait d’une cavité souterraine dans laquelle on pouvait descendre, mais qui était normalement maintenue fermée parce que vouée aux dieux Mânes ou aux divinités infernales, et qui était exceptionnellement ouverte trois fois par an, à des jours marqués dans le calendrier par les lettres MP (mundus patet : « le mundus est ouvert »), au cours desquels il n’était possible de mener à Rome aucune activité publique ou privée; enfin, on apprend par Festus que ce mundus ouvert trois fois par an était aussi appelé mundus Cereris (« le mundus de Cérès »), et par Macrobe (qui semble s’inspirer de Varron) que ce mundus était également « consacré à Dis Pater et à Proserpine ». "

 Michel HUMM Le mundus et le Comitium : représentations symboliques de l'espace de la cité (2004)  https://www.cairn.info/revue-histoire-urbaine-2004-2-page-43.htm#

                            ce qui reste de l'Umbilicus sur le Forum Romanum


* "Pourtant aucune fête religieuse de la Rome antique ne me semble plus évocatrice que celle, où, trois fois l'an, les 24 août, 5 octobre et 8 novembre de notre calendrier, au mont Palatin, non loin de la grotte où la louve trouva, nouveaux-nés, les jumeaux et les allaita, la Biogée, d'ordinaire close, et sans l'aide d'aucun dieu ni aucun signal de leur part, ouvre la bouche pour laisser passer la complainte immonde des morts. La fête s'appelait Mundus patet: Monde s'ouvre, Terre bâille ou bée. (...)

Je crois pourtant que nos ancêtres romains se trompaient sur le sens et les sons émanés de la béance tectonique. Comme ils ne comprenaient pas le tohu-bohu issu des entrailles noires du sol, ils interprétaient le bâillement qui sortait de la faille comme des paroles de fantômes revenant du fond des Enfers. Ils faisaient comme nous, citoyens, ils humanisaient, ils politisaient le monde. Non, les morts ne parlent ni ne chantent, ni ne pleurent, ni ne hurlent, leurs poussières et leurs os restent tacites pour toujours. Ce brouhaha, ce bruit, cette rumeur sortie de la sape et de ses masses sombres vient du monde lui-même, sans masque, mort ni dieu surajoutés. Mundus patet: un bruit étrange émane du sol, déchiré ce jour-là.  (...)

Les Romains eurent le génie, que nous avons perdu, d'entrouvrir de temps en temps la bouche d'ombre de ces choses qui chuchotent, mais ils avaient déjà perdu, eux aussi, et depuis longtemps, celui de percevoir directement le mystère intraduisible de ces bruits dont seul Orphée, jadis, avait essayé de reproduire, sur sa lyre, les voix. Et de panique, ils recouvraient ces rumeurs infernales de figures divines, parlantes et sensées. (...)

Michel Serres Biogée, "Terre et Monts, Terre bée". ed. Le pommier poche, p. 36-38

 

 

 

Un lien vers le calendrier des fêtes romaines:

le site Legio VIII

Un lien vers un article en anglais sur le sujet: https://munduspatet.blog/about/